Auteure de livres, mère de deux enfants (le troisième arrivant en Janvier) et également entrepreneure, Stéphanie Benlemselmi était présente le samedi 22 novembre à la Médiathèque pour une rencontre-débat : « J’entreprends au féminin ». Elle a abordé les thématiques suivantes : statut d’auto-entrepreneur, subventions financières, structures d’aides à la création et réseaux, stratégies de communication ou encore outils d’organisation… Avant cette rencontre-débat, elle nous a accordé cette interview.

Florange.fr : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Stéphanie Benlemselmi : J'ai créé l'organisme de formation « ARH Conseil » en 2009. C'est un organisme scindé en 2 parties : la formation médicale et la formation tertiaire administrative. Les formations tertiaires administratives sont effectuées par mes soins. J'interviens comme formatrice professionnelle auprès de différents clients tels que la Chambre de Commerce et d’Industrie de Moselle actuellement, sur des thématiques comme la communication orale et écrite, l’organisation administrative ou le secrétariat / bureautique. Les formations médicales sont dispensées par mes équipes composées de professionnels de santé en activité (médecins experts en soins palliatifs, psychologues cliniciens, relaxologue, podologue, avocat en droit de la santé…). Ils interviennent pour nos clients qui sont principalement les établissements sanitaires et médico-sociaux de la Région Lorraine.

Depuis septembre 2014, une antenne a même été ouverte en région Poitou-Charentes. Des formations ont déjà été mises en place au sein d’un hôpital et d’un EHPAD. Je suis amenée, en raison de mes compétences professionnelles en communication, à réaliser des dossiers de presse pour des clients. Je conseille également des porteuses de projet au sein de l’association nancéenne "Affaires de Femmes" et rédige des articles web sur ce sujet depuis deux ans.

Florange.fr : Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire des ouvrages ?

Stéphanie Benlemselmi : Mon entreprise a été créée 3 mois après la naissance de mon premier enfant. J’avais besoin de parler de mon statut de Mompreneur dans un livre : une maman qui développe son entreprise à l'arrivée de son/ses enfant(s) pour garder une flexibilité et une présence pour son foyer et sa famille. Mon premier livre pratique "Mompreneur : être maman et créer son entreprise" est sorti en juin 2010. Il traite de ce phénomène nouveau sur le territoire français. Des chiffres et des statistiques sur la création d'entreprise appuient mon propos ainsi que des témoignages de Mompreneurs.

Mon deuxième livre "Travailler chez soi : Méthodes, conseils et outils d'organisation" (publié en novembre 2013) a été écrit afin d'aider et d'apporter des conseils aux femmes qui développent leur entreprise chez elles. J’ai moi-même été confrontée au fait de devoir assurer sur tous les fronts en tant que mère de famille, femme au foyer et entrepreneuse ! On attendait de moi une maison nickel, du linge lavé et rangé, un business prospère ! Pour conseiller au mieux ces femmes qui travaillent chez elles, j'ai eu l'idée d'écrire un manuel pratique en proposant des outils d'organisation. Ces outils permettent de prendre de nouvelles habitudes pour réussir un challenge de vie sur tous les plans : personnel et professionnel. C'est un pari quotidien car rien n'est jamais acquis !

Florange.fr : Quel message véhiculez-vous au travers de vos ouvrages ?

Stéphanie Benlemselmi : Je tiens à montrer que tout est possible si l'on s'en donne les moyens et si on le veut vraiment ! Je souhaite que les femmes croient en elles, prennent conscience de leur potentiel et ne se mettent pas de barrières. Mes livres ont comme finalité de leur donner confiance en elles. Si je peux susciter, chez certaines femmes, une envie de se surpasser, de faire de leur vie ce qu'elles en ont envie, là sera ma réussite !

Florange.fr : Est-il facile pour une maman d'être chef d'entreprise ?

Stéphanie Benlemselmi : Je dirais que tout est une question d'organisation. Il est certain que de travailler avec des enfants à proximité n'est pas de tout repos. Ils ne comprennent pas toujours pourquoi leur maman est là avec eux, mais ne leur accorde pas de temps. Il est donc nécessaire que la Mompreneur organise efficacement sa journée et consacre du temps à chaque activité : enfants, ménage/maison, entreprise. Bien souvent, la créatrice d'entreprise travaille le soir quand les enfants dorment. Il est néanmoins utopique de croire qu'il est possible d'être proactive (au téléphone avec un client ou un fournisseur, ou bien sur un dossier qui demande de la réflexion et du calme par exemple) lorsque l'on travaille en compagnie de ses enfants. Les entrepreneures seront forcément confrontées, à un moment donné, au fait de les faire garder pour pouvoir avancer sur des dossiers spécifiques ou tout simplement, le temps de passer des appels téléphoniques stratégiques.

Florange.fr : Quels sont les enjeux et les difficultés à surmonter en tant que Mompreneur ?

Stéphanie Benlemselmi : L'enjeu principal est d'être acceptée, reconnue et légitime aux yeux de notre conjoint, famille et entourage dans ce que l'on entreprend. Les femmes sont en général très exigeantes avec elles-mêmes et souhaitent réussir sur tous les fronts. La pression est présente car elles ne veulent pas connaître d'échecs. Il faut nécessairement les vivre pour pouvoir analyser les situations et les choix qui ont été faits, pour ne pas les reproduire et continuer à avancer dans l'idée de développement du business. Pour certaines, c'est un rêve que d'avoir cette possibilité de flexibilité et de liberté, d’être sa propre patronne… Tout cela est vrai. A elles de ne pas oublier que concilier vie personnelle et vie professionnelle sous le même toit est usant, fatiguant. Il faut savoir à quoi s'attendre lorsque l'on se lance dans l'aventure : des nuits écourtées, du travail les week-ends, jours fériés et vacances, des contraintes organisationnelles... Dans tout statut, il y a des avantages et des inconvénients, il faut les connaître et les accepter !

Florange.fr : Les femmes qui créent leurs entreprises demeurent minoritaires. À votre avis, pourquoi ?

Stéphanie Benlemselmi : Les femmes sont bien souvent moins informées que les hommes sur les possibilités de création d’une auto-entreprise. La femme qui créée son entreprise ne veut pas prendre de risques financiers vis à vis de sa famille. Elle va donc moins investir (- de 8000 euros en moyenne) pour mettre sa famille à l'abri, va "tester" son activité et ne va pas être forcément dans une démarche de création et de développement de business à haut potentiel dès le départ, contrairement aux hommes.

Florange.fr : L'auto-entreprise est-elle un bon moyen de concilier vie familiale et professionnelle ? Si oui, quels sont les secteurs porteurs dans lesquels les femmes devraient investir ?

Stéphanie Benlemselmi : L'auto-entreprise est un excellent moyen pour une femme qui souhaite se lancer dans l'aventure entrepreneuriale, les cotisations URSSAF n’étant à payer qu’en cas de chiffre d'affaires. C'est une souplesse non négligeable.

Les secteurs privilégiés pour les femmes entrepreneures sont :

  • l'action sociale
  • l'enseignement
  • les services aux ménages

Beaucoup de femmes créent également leur e-commerce dans le textile, l'habillement, l'artisanat ou la puériculture. C'est un secteur porteur mais très concurrentiel. Il est nécessaire d’avoir une stratégie marketing forte et un référencement web très bien fait pour réussir à « sortir du lot ».

Florange.fr : Quels conseils donneriez-vous à une maman qui envisage de se lancer dans la création d'entreprise ?

Stéphanie Benlemselmi : Tout d’abord, d’avoir le soutien de son conjoint. Sans ce soutien, et même avec la meilleure volonté du monde, il sera très difficile de pérenniser son activité. Le conjoint assure un soutien moral, psychologique et matériel à la mère qui se lance dans l'entreprenariat. Mon deuxième conseil consiste à s'entourer des bonnes structures et des bonnes personnes. Toutes les femmes n'ont pas la capacité de se lancer seule et d'aller recueillir les informations nécessaires. Elles ont besoin d'être accompagnées et conseillées dans leurs démarches. Je les invite à rencontrer les conseillers de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Moselle ou bien ceux des couveuses d'entreprises (ALEXIS par exemple). Mon troisième conseil : ne pas culpabiliser si la maman doit faire garder ses enfants quelques heures par semaine pour se dégager du temps ! Ce n’est pas nuisible pour les enfants et c’est très productif pour l’entreprise !